jeudi 21 février 2013

Article 7 : Memento

j'ai bien peur d'en arriver à la conclusion suivante: mes souvenirs s'évaporent. Bien plus rapidement avant qu'ils n'aient le temps de s'incruster en moi. Résonnent en moi les interrogations de l'espace et du temps. "Connais-je ce lieu?" ; "Suis -je déjà venue ici?" "Ai-je déjà vu ce visage?" ; Pis, "M'en souviendrais-je encore?"
Alors je cligne des yeux très fort, plus fort chaque jour, afin imprégner dans mes rétines les images qui parcourent ma vue.

Je deviens terrifiée, sur le moment et répète les courbes que je perçois. Je repasse en boucles constantes les scènes de vie, les séquences de mots qui résonnent et que je voudrais immuables. Je n'ai même pas le plaisir de découvrir, voire de redécouvrir, car tout est devenu l'ombre d'une angoisse latente : Tout se gâche: "Connais-je ce lieu?" "Suis -je déjà venue ici?" "Ai-je déja vu ce visage?" ; Pis, "M'en souviendrais-je, une fois sortie de la ronde de l'instant présent? ".
Même mes souvenirs acquis ne sont qu'illusions ; d'abord la couleur d'un t shirt qui varie, puis la position d'une main, ensuite une posture. Et les mots, tous ces mots qui ne s'impriment pas, ne s'impriment plus, s'évadent de mon cerveau, coulent entre mes doigts pour s'étaler avant qu'il ne soit trop tard sur un bout de papier. J'aimerais figer le temps, je cours sans cesse après ma mémoire.

Et le pire, c'est que je n'en suis pas certaine. Je ne m'en souviens pas. J'extrapôle, j'innonde de mes peurs un peu tout ce qui se tient en moi.

Et ce visage qui devient si fade, que je n'arrive pas à garder intact ainsi que tout ce que nous avons vécu ensemble... Et son sourire, garder son sourire ancré dans ma tête. Mais il n'y a déjà plus rien.
Même son odeur, je ne m'en souviens plus vraiment. Son parfum, je l'ai noté quelque part, mais dénué de tout mélange, il n'éveille plus rien en moi. Qu'un vide, un creux béant que plus rien ne comble.

Plus grand chose.
Je perds tout.

Il me reste quoi alors?
Qu'une brève impression corporelle, comme un spectre de lumière sur une pellicule à découvert.

Vais-je subir les dérives du temps encore longtemps? Il m'inclut dans ses déboires.

Comment voudriez-vous que je sache qui je suis et que je m'expose crue à vos yeux, alors que je ne suis pas grand chose puisque j'ai tout oublié et qu'à chaque instant je m'oublie un peu plus?

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